
_ << Cinq ans déjà que ton silence a remplacé ta voix dans nos assemblées,Cinq ans que ton absence pèse comme une ombre sur nos consciences,Mais cinq ans que ton nom continue de marcher dans nos mémoires.Tu es parti un soir, mais tu n’es jamais vraiment parti.Car les hommes de ta trempe ne meurent pas tout à fait :Ils demeurent dans les valeurs qu’ils ont semées, dans les consciences qu’ils ont éveillées, dans les destins qu’ils ont contribué à redresser.Alioune Badara Cissé, Maître par le droit, mais surtout maître par l’humain.Tu avais compris avant beaucoup d’autres que servir l’État, ce n’est pas s’en servir.Tu avais compris que la politique n’est pas une revanche, que le pouvoir n’est pas une propriété, que l’adversaire n’est pas un ennemi, que la parole publique doit rester digne, et que la grandeur d’un homme d’État se mesure moins à la hauteur de son fauteuil qu’à la noblesse de son comportement.Tu avais la force des convictions sans la brutalité des certitudes.Tu savais défendre tes idées sans humilier celui qui ne les partageait pas.Tu savais combattre sans haïr.Tu savais pardonner sans oublier.Tu savais tendre la main là où d’autres dressaient des murs.Tu étais un homme de dialogue. Tu étais un homme de paix.Tu étais un homme de médiation.Et lorsque le destin t’a placé à la tête de la Médiature de la République, tu as fait de cette Institution plus qu’un bureau, plus qu’une fonction, plus qu’un titre. Tu en as fait une maison d’écoute, un refuge pour les sans-voix, un pont entre le citoyen et l’État, un espace où la dignité de chacun devait être entendue et respectée.Tu croyais à la République, parce que tu croyais en l’homme.Tu savais qu’une injustice entendue est déjà une injustice qui recule ; qu’une colère écoutée peut devenir une parole ; qu’une parole entendue peut devenir un dialogue, et qu’un dialogue sincère peut empêcher une nation de se déchirer.Tu fus aussi un mentor, et certains d’entre nous n’oublieront jamais la main que tu as tendue, la confiance que tu as accordée, la chance que tu as offerte à ceux qui cherchaient simplement une porte ouverte pour servir.Tu nous as mis le pied à l’étrier. Tu nous as confié des responsabilités .Tu nous as permis d’apprendre, de servir, de comprendre la médiation ; non pas seulement dans les livres, mais dans la souffrance des hommes, dans leurs espoirs, dans leurs frustrations, dans leurs blessures et dans leur besoin de justice.Maître, nous avons découvert auprès de toi que transmettre une responsabilité, c’est aussi transmettre une confiance, et que former un collaborateur, c’est parfois changer une vie.Cinq ans après, ta confiance continue de nous obliger. Elle nous oblige à servir sans arrogance, à écouter sans préjugés, à dialoguer sans calcul, à défendre nos convictions sans mépriser l’autre, et à nous souvenir qu’au-dessus de toute ambition, il y a une chose plus grande : l’intérêt général.Aujourd’hui, Sénégal, regarde ton histoire. Regarde ceux qui t’ont servi avec leurs grandeurs et leurs faiblesses. Et parmi eux souviens-toi de ceux qui ont compris que la politique devait être une vocation avant d’être une carrière.Alioune Badara Cissé était de ceux-là.À nos politiciens d’aujourd’hui ; à ceux qui gouvernent ; à ceux qui aspirent à gouverner ; à ceux qui parlent au nom du peuple ; ceux qui rêvent de présider aux destinées de nos nations :Souvenez-vous de cet homme. Apprenez de sa courtoisie sans la confondre avec la faiblesse. Apprenez de son courage sans le transformer en arrogance.Apprenez de sa fidélité sans en faire de l’aveuglement.Apprenez de son humanisme sans le réduire à un discours.La politique peut être noble. Le pouvoir peut rester digne. L’autorité peut être humaine. Le désaccord peut rester fraternel. L’adversaire peut demeurer un compatriote.C’est peut-être là la plus grande leçon que nous laisse ta mémoire.Et à l’Afrique. Cette Afrique blessée par les fractures, les rivalités, les rancœurs et parfois par la violence politique, ton parcours murmure encore ô ABC :Écoutez-vous. Parlez-vous. Réconciliez-vous. Ne transformez jamais le désaccord en guerre entre frères, car une nation ne grandit pas lorsque ses fils se déchirent. Elle grandit lorsque ses enfants apprennent à construire ensemble malgré leurs différences.Tu rêvais d’une Afrique où la politique élève l’homme au lieu de l’abaisser, où le pouvoir protège au lieu d’humilier, où l’État rassemble au lieu d’exclure, où la justice apaise au lieu d’attiser les rancœurs.C’est cette Afrique-là que nous devons continuer à bâtir.Cinq ans déjà… Et pourtant, lorsque je prononce ton nom, j’entends encore ta voix.Lorsque je pense à ton parcours, je retrouve ton sourire. Lorsque je repense à ta confiance, je mesure la responsabilité qui est désormais la nôtre : ne pas laisser mourir ce que tu as semé.Tu nous as laissé ton exemple comme on laisse une lampe allumée au milieu de la nuit.À alors nous de la protéger. À nous de la transmettre pour un Sénégal meilleur et pour la plus grande dignité de l’humain.Maître Alioune Badara Cissé, cinq ans après ton départ, nous ne te pleurons plus seulement.Nous te célébrons, nous célébrons l’homme, nous célébrons le juriste, nous célébrons le médiateur, nous célébrons le serviteur de l’État, nous célébrons le patriote, nous célébrons le républicain, nous célébrons surtout l’homme debout parmi les hommes.Que la terre de Saint-Louis, cette terre que tu as tant aimée, garde précieusement ton souvenir.Que la terre de Touba où tu reposes éternellement te soit légère. Que le Sénégal n’oublie jamais ton passage.Que l’Afrique sache encore entendre ton message.Et que les générations futures puissent regarder ton parcours et comprendre qu’en politique, la victoire la plus éclatante n’est pas de vaincre son adversaire, mais de rester digne après avoir conquis le pouvoir.Repose en paix, cher Maître.Ton absence est immense, mais ton héritage l’est davantage.Cinq ans déjà…Et toujours vivant dans nos cœurs.Alioune Badara Cissé, l’homme passe, l’œuvre demeure, et l’exemple reste.À la mémoire d’un homme d’État.À la mémoire d’un humaniste.À la mémoire d’un mentor.À la mémoire d’un serviteur de la République.Que Dieu lui accorde Sa Miséricorde infinie.Qu’Il l’accueille dans Son Paradis éternel.Amine >>.





